Huit femmes tuées en huit jours. C’est le décompte qui a précédé le 25 août 2026 au Cameroun, quand Créscence Merline, 44 ans, a été poignardée dans un hôtel du quartier Fouda à Yaoundé. Son agresseur, un homme de 22 ans rattrapé par des habitants, portait sur lui une corde de deux mètres et les cartes nationales d’identité d’autres femmes.
Ce n’est pas un fait divers isolé. C’est une courbe.
Le décompte

Les chiffres proviennent du ministère de la Promotion de la femme et de la famille, complétés par le Forum national sur la lutte contre les féminicides.
- 2023 : 57 femmes tuées
- 2024 : 67
- 2025 : 77
- 2026 : plus de 60 avant la fin août
Plus de deux cents mortes en trois ans. Et une progression qui ne s’interrompt pas d’une année sur l’autre.
Une précision d’honnêteté sur ces chiffres : ceux de 2026 sont présentés comme non officiels, issus du décompte associatif et de la presse. Et un chiffre de féminicides est presque toujours un plancher, pas un total. Il ne compte que ce qui a été rapporté, qualifié et rendu public. Les morts classées en accident, en suicide ou en disparition n’y figurent pas.
Le point commun de presque tous les cas
Dans la majorité des affaires recensées, l’auteur est connu de la victime. Époux, ex-conjoint, compagnon, parfois prétendant éconduit. Le danger n’arrive pas d’une ruelle sombre, il dort dans la même maison.
Cela déplace complètement la question de la prévention. On répète aux femmes de faire attention en rentrant tard. Or ce n’est pas là que ça se joue. Le moment le plus dangereux d’une relation violente, celui que toutes les études identifient, c’est la séparation. Une femme qui part n’est pas en train de se mettre en sécurité, elle entre dans la fenêtre où le risque est le plus élevé.
Le mot n’existe pas dans la loi camerounaise

Voilà le point que l’on cite le moins souvent, et qui pèse le plus lourd.
Le droit pénal camerounais ne reconnaît pas le féminicide comme une infraction spécifique. Une femme tuée parce qu’elle est une femme, ou parce qu’elle a voulu partir, est jugée sous la qualification générale de meurtre ou d’assassinat, sans que le mobile soit nommé.
Deux textes réclamés depuis des années restent en attente : le Code de la famille, bloqué dans les circuits institutionnels, et un projet de loi spécifique sur les violences basées sur le genre, que le ministère mentionne lui-même parmi ses chantiers.
Tant qu’une infraction n’est pas nommée, elle n’est pas comptée, elle n’est pas étudiée, et elle est jugée au cas par cas.
Ce qui se passe quand la justice tranche
Le 1er avril 2025, le Tribunal de grande instance du Wouri, à Douala, juge le meurtre de Diane Yangwo, 30 ans, tuée en novembre 2023. Verdict : cinq ans de prison avec sursis. Le condamné ressort libre le jour même.
Le ministère public et l’avocate de la famille ont fait appel. La sociologue Lydie Biby Meghuiope, de l’Association de lutte contre les violences faites aux femmes, a résumé ce que beaucoup ont pensé : « C’est comme si on donnait l’autorisation d’aller commettre d’autres meurtres. » L’avocate Charlotte Tchakounte a parlé d’un verdict que le monde entier déplore. La Coalition camerounaise contre les violences a saisi la ministre pour demander une évolution législative.
On peut faire toutes les campagnes de sensibilisation qu’on veut. Une peine avec sursis pour un meurtre en dit plus long, et elle est entendue par tout le monde, y compris par ceux qui hésitent encore.
Où appeler, et ce qui manque

Nous avons cherché un numéro national dédié aux femmes victimes de violences. Nous n’en avons pas trouvé de confirmé. Le site du ministère de la Promotion de la femme et de la famille n’en affiche aucun. Une ligne verte de dénonciation a été annoncée, mais nous n’avons pas pu en vérifier le numéro à une source officielle, et nous préférons ne rien publier plutôt que d’envoyer quelqu’un vers une ligne qui ne répond pas.
Les numéros vérifiables, affichés par les services publics, sont ceux-ci :
- Police : 117 ou 1500
- Gendarmerie : 113 ou 1501
- Assistance aux enfants : 116
- Ministère de la Promotion de la femme et de la famille : (+237) 222 23 25 50
Qu’un pays qui compte ses mortes par dizaines chaque année n’ait pas de ligne d’écoute nationale identifiable en trois secondes sur internet, c’est déjà une réponse à la question de savoir où en est la prise en charge.
Ce que demandent les associations
Leurs revendications sont constantes et tiennent en peu de lignes : inscrire le féminicide dans le code pénal, adopter le Code de la famille, créer des hébergements d’urgence pour les femmes qui quittent le domicile, et former policiers et gendarmes à la prise de plainte, parce que beaucoup de femmes tuées avaient déjà parlé avant.
Un forum national s’est tenu en mars 2026. Des mesures ont été annoncées en conférence de presse en juin. Le décompte, lui, a continué.
Sources (5)
- DataCameroon, le décompte 2023-2025 et les données du Minproff
- Journal du Cameroun, 26 août 2026, plus de 60 femmes tuées en 2026
- 237 Actu, 27 août 2026, huit femmes tuées en huit jours
- AllAfrica, avril 2025, le verdict avec sursis dans l’affaire Diane Yangwo
- Ministère de la Promotion de la femme et de la famille, numéros d’urgence affichés




